Les thérapies de couple, une dernière chance pour surmonter la crise

Quand rien ne va plus dans le couple, il est encore temps de s’offrir une dernière chance. Tour d’horizon des thérapies qui peuvent aider à faire repartir la relation du bon pied.

Quand consulter ?

Dès lors que les disputes s’enchaînent, quand s’installe l’impression que le duo s’est peu à peu désynchronisé, quand les partenaires ne savent plus vraiment pourquoi ils restent ensemble. «Cette situation est souvent due à l’irruption d’un tiers dans le couple: l’amant ou la maîtresse bien sûr, mais pas seulement, explique Eric Trappeniers, psychothérapeute de couple et directeur des Instituts d’études de la famille de Lille, Toulouse et Luxembourg. Le travail peut lui aussi devenir un tiers si Madame considère par exemple que Monsieur passe plus de temps au bureau qu’avec elle. La naissance d’un enfant peut déstabiliser le couple. Les conflits répétés à propos des beaux-parents sont aussi très souvent sources de conflit!»

Il est à noter que, dans 90 % des cas, c’est la femme qui prendra l’initiative de cette prise en charge, trouvera le thérapeute et prendra rendez-vous.

 

Dans quel but ?

Quelle que soit la méthode choisie, la thérapie n’a pas forcément pour but de réconcilier à tout prix les partenaires, mais de comprendre leurs modes de fonctionnement et ce qui grippe leur relation. Parfois, le couple se retrouve et tisse à nouveau un lien plus profond. Parfois aussi, le travail fait ensemble permet une décision commune de séparation. Dans tous les cas, ce moment de réflexion ouvre une possibilité de repartir dans sa vie amoureuse sur de nouvelles et bonnes bases, seul ou mieux accompagné.

 

Qui consulter ?

Il existe trois grands types de thérapies de couple: l’approche systémique, l’approche psychanalytique et l’approche cognitivo-comportementale. Voici comment ces écoles se différencient.

 

1. L’approche systémique

«Dans un premier temps, lorsque je reçois un couple, je recueille les événements documentaires : qu’est-ce que l’un reproche à l’autre et réciproquement» Eric Trappeniers, psychothérapeute de couple

«Elle est centrée sur la relation entre les personnes, donc sur la situation qui pose problème ici et maintenant.», souligne Eric Trappeniers. En thérapie systémique, l’enjeu va consister à pointer les fonctionnements du couple, les blocages, les contradictions et les écueils de la communication. Comment? D’abord par le récit. «Dans un premier temps, lorsque je reçois un couple - qu’il soit hétéro ou homosexuel -, je recueille les événements documentaires: qu’est-ce que l’un reproche à l’autre et réciproquement, explique Eric Trappeniers. Je m’attache à mettre en lumière la construction mutuelle du réel de l’un et de l’autre.» Car il s’agit bien d’une construction, dans la mesure où ce que l’un perçoit de l’autre est fait de ses propres croyances.

Comment ça se passe ?

Le premier outil de la thérapie systémique est la parole. «Je me considère comme un agent de la circulation de la parole dans le couple, sourit Eric Trappeniers. Au cours de la thérapie, progressivement, les reproches mutuels ne seront plus vécus comme des attaques, mais comme des points sur lesquels travailler». Comment introduire un tel changement? «Ce qui peut faire changer, ce n’est pas seulement la discussion, c’est aussi l’expérimentation de façons différentes de se mettre en relation», poursuit-il. Ainsi, le thérapeute peut donner aux partenaires des tâches dites «paradoxales» à accomplir entre deux séances.

«Par exemple, si un couple a l’habitude de se disputer à table, je vais leur demander précisément de se disputer et de rapporter ce qu’ils ont vécu. Forcément, cela va entraîner chez eux une réaction: “ce n’est pas lui qui va nous dire si nous devons nous disputer ou non“ ou “mais comment est-ce possible de se disputer sur commande?” ou bien ils vont essayer quand-même. Dans tous les cas, ils vont en parler et vivre une expérience commune leur permettant un changement. De même, je peux leur enjoindre de ne pas discuter ensemble de ce qui s’est passé en séance. Ce qui, bien sûr, les incite à échanger!», explique Eric Trappeniers.

«Les gens qui ont une culture thérapeutique n’ont pas forcément besoin de ces exercices. Ils se mettent au travail tout seuls» Eric Trappeniers, psychothérapeute de couple

Mais il n’emploie pas systématiquement ce type de méthode: «Les gens qui ont une culture thérapeutique n’ont pas forcément besoin de ces exercices. Ils se mettent au travail tout seuls. En revanche, les autres ont besoin d’éprouver. Ils ne veulent pas savoir pourquoi ça ne marche pas entre eux, ils veulent que cela change. Et c’est l’expérience d’autres schémas qui va les aider à changer.» D’autres outils peuvent être utilisés en thérapie systémique: les jeux de rôle, où chacun prend la place de l’autre pour rejouer une scène de la vie conjugale, ou le génogramme, qui permet à chacun de remonter le fil de sa généalogie devant l’autre. selon Eric Trappeniers, «Cet outil est très intéressant, notamment pour les jeunes couples. Il permet de se rendre compte de l’importance de la famille d’origine de chacun dans ses façons d’être et ses croyances.»

Les séances d’environ une heure avec un thérapeute, parfois deux, peuvent être espacées d’une à quatre semaines en fonction du cas. Dans l’intervalle, le couple expérimente la façon dont la thérapie fait évoluer la relation.

 

2. L’approche psychanalytique

Cette technique interroge les significations inconscientes des souffrances conjugales. Pour le Dr Eric Smadja, psychiatre-psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris et psychanalyste de couple, le couple est une réalité composée de trois secteurs: corporel - puisque nous sommes en présence de deux corps sexués -, socioculturel - qui englobe la façon dont les deux partenaires organisent leur vie ensemble - et, enfin, celui de la réalité psychique.

«Cette réalité comporte donc trois niveaux, fondant ma technique, explique-t-il : le “groupal” qui correspond à ce qui est mis en commun et partagé par les deux conjoints, comme des fantasmes inconscients ; “l’intersubjectif”, lieu chargé d’une forte ambivalence, mais aussi de différences et d’antagonismes entre les deux partenaires, entre les intérêts individuels et ceux de l’autre et du couple, entre le masculin et le féminin ; et enfin le niveau “individuel-intrapsychique”, dans son rapport au couple et à l’autre. Tous ces différents plans ont leur propre temporalité, source supplémentaire de conflit.»

Le couple est donc une machine compliquée. Tout le travail psychanalytique consiste à trouver ensemble les points de friction, de grippage, de frottements à l’œuvre. Le pari étant que, en mettant à jour cette mécanique et ses fragilités, on arrive à mieux identifier et résoudre ensemble les conflits qui surgissent au fil du temps.

Comment ça se passe ?

Ici, pas de divan, mais une attention portée à l’inconscient, ses processus et ses contenus: symptômes, conflits, fantasmes générateurs d’angoisses, résistances, rêves, etc. Et, bien sûr, le moteur de tout travail analytique: le transfert, c’est-à-dire le déplacement sur la personne de l’analyste d’affects, de fantasmes et de modes de relations venus de l’enfance de chacun des partenaires conjugaux. Ainsi, l’analyste représentera pour eux tantôt une figure maternelle, paternelle, mais aussi fraternelle. Cependant, des mouvements inter-transférentiels ou réciproques sont surtout à l’œuvre entre les deux conjoints. Ils sont constitutifs de leur couple.

Le transfert se conjugue au contre-transfert de l’analyste qui est un espace de réception psychique des mouvements transférentiels, mais aussi un instrument de compréhension et d’interprétation de ceux-ci. L’analyste pourra alors communiquer à ses patients quelques éléments de leur fonctionnement conjugal inconscient. «Les conditions et les deux principes de ce type de travail consistent, d’une part, en une découverte de certains aspects inconscients du fonctionnement conjugal et, d’autre part, en une aide à faire évoluer leur relation, ce qui implique des changements psychiques pour chacun et pour le couple», explique le Dr Smadja. Les séances de 45 minutes à 1 heure sont espacées d’une semaine pendant une durée correspondant aux besoins de chaque couple.

 

3. Les thérapies cognitivo-comportementales et interpersonnelle

Il s’agit ici de travailler sur les schémas et les besoins de chacun et du couple. Les «schémas» sont la cible des thérapeutes spécialistes des TCC (Thérapies cognitivo-comportementales). Dans la thérapie interpersonnelle, très connue aux Etats-Unis et introduite depuis peu en France, le paradigme de base est celui de la reconstitution du lien d’attachement sécure. «Cette méthode part des travaux de John Bowlby sur le lien mère-bébé, rappelle le Dr Nicolas Neveux, psychiatre et thérapeute de couple. Schématiquement, le bébé pleure jusqu’à ce que sa mère lui apporte ce dont il a besoin. Lorsque ses besoins physiologiques, mais aussi de présence, sont comblés, alors il se sent en sécurité, se calme et peut se construire sereinement.»

Comment ça se passe ?

Le travail est axé sur les comportements et cognitions dysfonctionnels. «Prenons l’exemple d’un couple qui consulte pour un problème sexuel, explique le Dr Neveux. L’homme a par exemple la croyance qu’il doit toujours avoir du désir sexuel. C’est une idée (ou cognition) dysfonctionnelle: elle est fausse et l’empêche de vivre sa sexualité de façon épanouie. Il faudra l’amener à changer cette croyance.»

Ce changement peut intervenir grâce à une prise de conscience et/ou à des exercices proposés par le thérapeute. Dans la thérapie interpersonnelle, il ne s’agit pas de cibler les cognitions mais de reconstituer un lien d’attachement sécure où les besoins de chacun sont compris et respectés. Un exemple simple: Monsieur a besoin d’une heure de tennis par semaine pour décompresser. Madame lui reproche de l’abandonner pendant cette heure. Le travail va consister à évaluer les besoins de chacun et trouver des compromis ensemble. Parfois en utilisant des tâches, parfois non. Les séances qui, en fonction du thérapeute, peuvent durer de trente à soixante minutes, sont espacées d’une à quatre semaines.

Isabelle BASSET, 

Le Figaro santé,  16/07/18

 
×