Lorsque "çà" parle, les symptômes corporels en psychanalyse

 

 

Article de Sarah Bessis (psychologue, psychothérapeute)

Paris le 23 Janvier 2017

La souffrance qu’engendre un ou plusieurs symptômes corporels peut conduire une personne à débuter une psychothérapie. En cas de troubles fonctionnels, ces symptômes peuvent défier la médecine en tant qu’ils ne sont pas associés à une lésion ou autres atteintes organiques. C’est le cas de Mr L qui, après avoir rencontré plusieurs médecins et neurologues, vient consulter car il souffre de spasmes musculaires au niveau des mains et de la mâchoire. De même, Mme F évoque une paralysie partielle de sa jambe droite : « ma jambe est paralysée, j’ai un nœud dans mon corps, quelque chose qui ne passe pas ».

Quelque chose ?

Comment entendre ces symptômes qui frayent avec le corps pris comme lieu d’expression ?

Dès sa rencontre avec l’hystérie, Freud avait pointé les limites de la médecine vis-à-vis de certains symptômes corporels et en donna une autre lecture possible. En psychanalyse, le symptôme représente « la chose la plus étrangère au moi »1 et pose à la fois énigme et souffrance pour la personne qui en pâtit. Si le symptôme se définit dans son caractère d’étrangeté à l’être, il n’en reste pas moins à sa charge. Ainsi, son sens est à chercher du côté de l’inconscient, c’est-à-dire cette partie de l’être qui renferme un savoir précieux mais qui n’est pas accessible ou plutôt admissible à la conscience.

Le symptôme, ça trouble, ça dérange, ça parle ! Et si celui-ci cause souffrance, c’est parce qu’il constitue un langage particulier dont le sens reste à déchiffrer. Le symptôme se fait masque d’un conflit engendré par un désir qui ne peut s’avouer comme tel, mais qui cherche à faire retour en s’inscrivant, comme c’est le cas dans notre propos, dans le registre du corps. C’est donc par le biais du symptôme que « ça » parle.

Ainsi, les éléments refoulés hors champ de la conscience peuvent venir s’inscrire dans le corps donnant lieu à des symptômes corporels, moteurs, dermatologiques ou encore sensitifs. Paralysies, anesthésies, douleurs localisées, spasmes, tremblements, maux de ventre, vertiges ou encore eczéma, psoriasis, herpès, troubles digestifs, ulcère, fatigue, migraine chronique…, tant de symptômes où le corps se fait le porte-parole d’un conflit psychique en attente d’être dit.

Les symptômes corporels que l’on retrouve dans la clinique viennent ici s’opposer à une conception purement biologique du corps. En effet, dans son assertion psychanalytique, le corps est noué par le langage et le désir et doit être pris en compte dans toute sa dynamique pulsionnelle et libidinale ainsi que dans ses intrications aux champs de l’imaginaire et du symbolique.

Le symptôme a donc quelque chose à dire sur un savoir insu de l’être et s’érige sur les coordonnées oubliées ou plutôt refoulées d’un désir inconscient. C’est en allant sur ses traces, par la méthode de la libre association, que la souffrance peut trouver une autre voie d’expression par la parole et non plus par l’intermédiaire d’un corps souffrant.

 

1 Freud, S. (1932), Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, Paris, 1984, p.80.

 
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