Xanax, Valium, Lexomil : les ravages des anxiolytiques sur les adolescents

 Guillaume Narduzzi-Londinsky 

Ces puissants médicaments tentent de plus en plus de jeunes en mal de sensations. Mais, combinés avec des stupéfiants ou de l'alcool, les effets secondaires sont nombreux et particulièrement néfastes: dépendance, black-out, détresse respiratoire, coma...

Xanax, Valium, Stilnox, Victan, Lexomil, Tranxene, Temesta... La famille des anxiolytiques est vaste. Pourtant ces puissants médicaments -très appréciés des Français- continuent d'être massivement prescrits. Près de 7,5% de l'ensemble de la population bénéficie d'ordonnances pour des anxiolytiques. À titre de comparaison, moins de 5% des Américains ont droit à un tel traitement. Or, ils créent une très forte dépendance, et leur usage devient trop souvent récréatif. Notamment auprès des adolescents.

"Ça donne le sentiment d'être dans sa bulle"

"J'en prenais trois/quatre fois par semaine, ça pouvait varier jusqu'à une fois par jour pendant certaines périodes", nous confie Valentin*, qui a pris régulièrement du Xanax et des Lexomil durant plus de huit mois. Après plusieurs crises d'angoisse, son médecin lui a délivré une ordonnance. Mais rapidement, sa consommation d'anxiolytiques est devenue récréative. "J'en consommais exclusivement avec de la codéine afin d'accentuer les effets. Je devenais plutôt apaisé, relaxé. Ça donne le sentiment d'être dans sa bulle."

Car couplés avec d'autres stupéfiants -notamment les opioïdes-, les effets sont décuplés. "Combinés avec des drogues, cela permet de potentialiser les effets. Avec l'alcool, l'ivresse se fait ressentir bien plus facilement", explique un psychiatre parisien contacté par Les Inrocks, qui a souhaité rester anonyme.

Pourtant, de nombreux adolescents se voient encore prescrire un traitement à base d'anxiolytiques, autant pour des problèmes psychiatriques ou psychologiques, que pour de simples troubles du sommeil. Et souvent pour de longs mois, alors que l'utilisation conseillée ne doit pas excéder quatre semaines, comme le précise la Haute Autorité de Santé sur son site. "La prescription (...) ne doit pas être banalisée, car, si elle facilite le sommeil, elle ne résout pas les causes de l’insomnie et peut être à l’origine de nombreux effets indésirables aux conséquences parfois graves", peut-on notamment lire.

Les psychiatres ne sont pas les principaux pourvoyeurs des anxiolytiques, puisque "les traitements sont initiés par un médecin généraliste dans environ 82 % des cas" précise l'ANSM (l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) dans son rapport annuel.

Les "benzos", ça rend accro

Ces anxiolytiques appartiennent à la catégorie des benzodiazépines (BZD); un psychotrope, qui permet de lutter contre l'angoisse, et plus globalement le stress. Ils sont également myorelaxants, c'est à dire qu'ils détendent les muscles du corps, mais baissent également le niveau cardiaque et respiratoire. Et procurent un effet de légère défonce. À tel point qu'ils ont été classés dans de nombreux pays comme stupéfiants, notamment en raison de leur très forte accoutumance.

C'est d'ailleurs en consultant des forums tels que Psychonaut ou Psychoactif qu'on remarque leur popularité auprès d'adolescents en perpétuelle recherche de nouvelles sensations. Les "benzos", comme on les surnomme, y sont érigés comme l'une des meilleures drogues possibles. Un stupéfiant plus fort que le cannabis, sans sombrer dans les consommations glauques du crack ou de l'héroïne. Mais les risques sont, eux, bien réels.

Des médicaments "cools"

À forte dose, ils peuvent même s'avérer dévastateurs; les benzodiazépines peuvent engendrer somnolences, crises respiratoires, comas ou même un décès si les quantités sont très élevées. "Il existe un risque de surdosage assez important. La résistance de chacun à ces produits ne peut pas être définie, elle dépend de chaque individu", développe le psychiatre parisien. "C'est un mésusage des benzodiazépines que de les consommer de façon récréative."

Pour Valentin, la raison de la démocratisation de cette pratique est toute trouvée. "En fait, le problème avec les différents produits comme la codéine, le Xanax, etc... C'est leur connotation 'cool'. Comme de nombreux artistes américains en prennent, les jeunes ont envie de faire pareil. Et c'est là que ça dérape", développe-t-il.

Une mode internationale

"Il faut surveiller sa consommation afin qu'elle reste exceptionnelle. La consommation d'anxiolytique peut paraître 'moins grave' que celle d'autres drogues, comme c'est en vente libre (sous ordonnance, ndlr). Mais ça peut rapidement devenir incontrôlable et poser des problème dans la vie de tous les jours", raconte Valentin. Pourtant, "la distribution de ces médicaments est normalement très sécurisé" affirme le psychiatre parisien. "Mais comme les produits ne sont pas toujours totalement utilisés, ils s'accumulent dans les pharmacies des foyers. Et comme jeter les produits non-utilisés n'est pas une pratique courante en France, ils s'accumulent et certains en profitent." 

Quand bien même, il est possible de s'en procurer très facilement sur Internet pour seulement quelques euros. C'est ce qu'il se passe au Royaume-Uni (rarement les derniers en matière de stupéfiants), où le Xanax est devenu un véritable fléau national pour les adolescents, comme le montre cet article de Vice. Les anxiolytiques y sont très souvent utilisés -couplés à d'autres drogues- pour adoucir la redescente.

Troubles de la mémoire

Mais les conséquences sur le long terme sont dévastatrices. "L'accoutumance fait qu'on ne peut plus vivre sans ces produits, et provoque des troubles de la mémoire", précise le psychiatre contacté. Même si "certains, comme la démence ou Alzheimer, sont encore loin d'être vérifiés".

Valentin a lui réussi à se sortir de ce cercle vicieux. "Je n'ai pas réellement subi les symptômes du sevrage, j'ai arrêté d'en prendre petit a petit jusqu'à ne plus du tout ressentir l'envie d'en prendre", conclue-t-il, désormais débarrassé de cette dépendance. "J'ai réussi à ne pas compenser avec autre chose", peut-il se féliciter.

Malgré "une diminution modérée de la consommation observée en France depuis trois ans, le nombre de français consommant une benzodiazépine reste encore trop élevé", analysait l'ANSM à ce sujet en avril 2017. Près de 13,4% de la population française a consommé au moins une benzodiazépine en 2015.

*Les prénoms ont été modifiés.

 
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